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Petites brèves

Lors des dernières semaines, j’ai re-visité le lac Titicaca, fait une escapade au Pérou, coupé les cheveux Gonzalo avant qu’il entre à l’institut pré-militaire (obligatoire pour les jeunes boliviens mâles de son âge), étée optimiste, puis stressée avec le travail, sinon c’est pas mal tranquile.

Voici donc un apperçu des faits saillants des dernières semaines (mois?)

Copacabana

Isla del Sol

La première fois où je suis allée a Copacabana (en 2013), ça a commencé par la fameuse citation « Je ne vois pas pourquoi ça serait inapproprié de boire avant d’aller visiter l’église, ils servent du vin à l’église! » et ça a fini avec un lendemain veille accompagné de l’exclamation« C’est la revanche du colonialisme! » (pour citer la même personne), c’est-à-dire un trekking annoncé d’une demi heure mais qui finalement en était 4. S’être informées un peu mieux, on aurait compris que 21 kilomètre c’était peu probablement 30 minutes de marche.

Cette fois-ci, il n’y avait pas d’alcool impliqué, mais le plan n’était pas necessairement meilleur.

J’étais avec une amie et on s’est retrouvées à faire le même trekking, mais cette fois-ci le soleil se couchait et nous sommes arrivées au village dans le noir complet, incapable de trouver l’auberge ou on avait réservé parce que tout le monde nous disait « c’est plus bas, c’est plus bas » jusqu’à ce qu’ils nous disent « c’est plus haut » et que l’on veuille pleurer parce que: l’altitude. On a finalement réussi à trouver nos lits et ont s’est couchées a 8 hrs.

Par contre, le ciel était dégagé et le paysage encore plus impressionnant que la première fois.

La Lune de Sang

En gros, je me suis trompée de journée. Je pensais que c’était pour être la nuit ou on marchait dans le noir sur la Isla del Sol, mais c’est jamais arrivé. Finalement c’était le lendemain. C’était encore mieux, parce que ça m’a servi de distraction lors du trajet Copabacana (Bolivie)- Puno (Pérou).Les gens dans le bus devaient se demander se que je faisais a prendre des photos dans le noir, parce que persone d’autre semblait savoir ce qu’il se passait. Malheureusement, rendue a Puno j’était tellement blazée que, juste avant d’entrer dans le deuxième bus vers Arequipa,  j’ai levé les yeux et je l’ai vu, elle était pleine, rouge et impressionnante, mais j’ai pas même daigné sortir mon appareil photo (mon prétexte mental: c’était pas sécuritaire, j’étais dans une station de bus en plein milieu de la nuit).

Arequipa

arequipa etc (33)

Le lendemain, j’étais a Arequipa. En arrivant a Puno, il y avait un grand Australien incapable de communiquer en espagnol qui avait l’air particulièrement confus dans le changement d’autobus. Comme j’ai une tête d’étrangère, il savait que j’avais de bonnes chances de parler sa langue. On était ensuite assis à côté dans le bus vers Arequipa.

Sérieusement, j’ai passé mon temps au Pérou à parler anglais, et c’était pas facile facile.

On est arrivés a Arequipa a 4 heures du matin et j’avais pas d’hôtel alors mon plan de génie était de rester dans le terminus jusqu’à ce qu’il fasse jour et que je puisse trouver un lieu pour dormir/laisser mon sac (j’avais quand même 2-3 adresses de notées, c’était pas complètement improvisé). L’australien voulait partager un taxi jusqu’au centre, alors d’un commun accord on a profité des avantages de l’autre pour s’y rendre sans trop se faire avoir : Moi je parlais espagnol et lui me permettait de pas être une fille toute seule qui prend un taxi en plein milieu de la nuit avec un sac de voyage dans une ville que je connais pas. Gagnant-Gagnant!

Le Pérou c’est pas la Bolivie, mais (dites le pas aux Boliviens) ça y ressemble quand même un peu!

Cañon del Colca

arequipa etc (72)

Je m’étais mis dans la tête que plus que d’aller à Arequipa, je voulais surtout faire un trek dans le Cañon del Colca. Niveau paysage ce n’est ni le Gran Canyon, ni les montagnes de La Paz, mais je voulais surtout sortir de la ville et marcher un peu. J’ai donc réservé avec une agence pour faire partie d’un groupe qui allait s’y balader pendant 3 jours. C’était vraiment une belle expérience!

Le premier jour consistait à descendre jusqu’au fond du Cañon: facile, mais la descente était quelque chose pour les jambes!

Le deuxième jour, plutôt relax (quoi que une bonne montée et descente): on se rendait jusqu’à l’oasis pour relaxer et y passer la nuit.

Le troisième jour, levé à 4h am pour entreprendre la remontée: environ 1 km de dénivelé, pour 2h30 de marche (dans mon cas). Dans le groupe il y avait des machines: le plus rapide l’a fait en un peu plus d’une heure.

Pour avoir le trek en détails, il y a une personne de notre groupe qui tient un blogue (en anglais) avec des photos et un récit jour par jour! Si ça vous intéresse (parce que moi je suis un trop paresseuse pour en faire autant), passez faire un tour sur le blogue d’Anne: Jour 1, Jour 2, Jour 3

Un peu de photos:

Je suis allé au Pérou toute seule, mais finalement j’ai pas du passer plus que 10 heures toute seule de tout mon voyage. J’ai passé le premier jour avec l’australien, ensuite j’ai fait une visite de monastère toute seule, puis je me suis jointe a un tour de bus guidé. Le lendemain je partais avec 12 persones dans le cañon, lors de notre retour à Arequipa j’ai mangé avec quelques personnes de ce groupe là et le soir même je retournais à La Paz.

Les cheveux de Gonzalo

La Paz (2)

Il est obligatoire pour tous les jeunes hommes de faire leur service militaire. Une des options, c’est de le faire à temps partiel (tous les dimanches) pendant 1 an. Les jeunes qui choisisent cette option terminent alors leur service en même temps qu’ils graduent de l’école secondaire: deux bonne choses de réglées, ils peuvent ensuite aller à l’université.

Sauf que pour entrer à la « Pre-militar », comme cette option s’appelle, il faut faire la file pendant environ 24 heures. Et une fois entré, le jeune est même pas certain d’être accepté: il doit passer des tests physiques et s’il est jugé apte (soit qu’il ne risque pas de mourir en pleine formation), il passe, doit payer son inscription et… se faire raser les cheveux avant de commencer l’entrainement.

Le tout s’est donc fait céremonieusement: l’avant-veille de l’inscription, chaque personne présente eu le privilège de couper une mèche de cheveux de la tête du pauvre Gonzalo, qui jusqu’à aujourd’hui n’a toujours pas les cheveux rasés mais si on regarde bien, sa coupe comporte quelques trous!

Tuni Condoriri

Je suis aussi allée faire un tour près de cette montagne là:

Tuni condoriri (17)

Refugio senda verde

Aussi! Les photos dans ma caméra me rappellent que je suis allée faire un tour a un refuge pour animaux sauvages. C’est un endroit dans les Yungas où les propriétaires accueillent les animaux sauvages soit issu de la traite d’animaux, soit que les gens avaient comme animaux domestiques. Pour financer leurs activités, le refuge a un restaurant, une boutique de souvenir et des petites maisons où l’ont peut passer la nuit. Les travaux sont fait en grande partie par des bénévoles, mais l’équipe compte aussi quelques vétérinaires permanent payés.

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Un petit tour dans les faldas de l’Illimani

La Paz est une ville magnifique, mais ça demeure une ville d’Amérique du sud : des klaxons, du smog, des gens impatients, du cahos. C’est bucolique un moment, mais ça fait aussi du bien de prendre une pause de temps en temps. Disons que j’étais due.

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J’ai vraiment un grand respect pour les croyances boliviennes, même si ce n’est pas vraiment ma marque de commerce de croire aux choses inexpliquées.

Reste que lorsqu’on me dit que les montagnes sont des Achachilas (esprits protecteurs), qu’elles nous protègent autant qu’elles peuvent nous manger et que c’est possible que si je tombe en marchant sur son territoire, elle me vole mon ajayu (mon âme, genre), je sens que c’est approprié de prendre des précautions.

Quand je visite un nouveau lieu, je sens le besoin  de cha’llar dès que possible (donner de l’alchool a la Pachamama en versant des gouttes (en plus ou moins grande quantité) sur le sol avant de se servir soi-même). L’idée c’est de la nourrir, pour qu’elle n’aie pas faim au point de vouloir nous manger. Par exemple, avant de s’engager sur le  « chemin de la mort », entre La Paz et les Yungas, on peut voir les chauffeurs verser de l’alcool par terre par leur fenêtre. Il est aussi possible de cha’llar son auto. On niaise pas avec la Pachamama, sérieux.

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Je suis allé marcher sur les flancs de l’Illimani la fin de semaine dernière, l’Achachila de La Paz.  C’était vraiment une expérience hors du commun, d’une beauté à couper le souffle. C’était aussi un certain défi physique que j’ai vraiment apprécié : 25 km de marche en 7 heures, en passant d’une altitude d’environ 3 900m à 4 600 m, puis son contraire.

Il a plut toute la journée du samedi et l’Illimani ne nous a pas laissé entrevoir 2 cm de Sa Grandeur. On a monté pareil, ce qui semblait un champ à la verticale qui ne menait nulle part. On a pas vu grand-chose du paysage, bref, a part le chemin derrière nous. Mais c’était quand même hautement satisfaisant, parce que monter une pente pendant 1 heure à cette altitude quand le chemin semble inexistant et seulement localisable par les spots de foin piétinés, c’est pas la chose la plus facile et on se sent vraiment privilégiés. J’essayais de comparer la montée aux rues de la Paz. Est-ce que c’est comme la Landaeta? Non, la Landaeta c’est plus court. Les marches des centres de femmes? Est-ce que ce serait un peu ça, monter a El Alto à pied? Peut-être.

On est revenus a l’alojamiento tous mouillés, mais c’pas grave, le té con té nous a réchauffé.

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Le lendemain matin, nous sommes partis pour faire la grande rando de 7 heures. Le guide nous avertis : on ne mangera pas en chemin, alors amenez vous des pommes. Ok, j’ai beau avoir des noix, barres tendres et fruits, mais messemble que si j’avais eu un déjeuner un peu plus consistant qu’un pain avec de la confiture, j’aurais entrevu le tout avec un peu moins d’apréhension. Quelque chose ressemblant un peu plus un déjeuner du randonneur et la promesse de sandwichs de viande froide (valeur relative : 25 cents) sur l’heure du lunch,  ça aurait pu être nice. Avoir su, j’aurais mis des œufs cuits dur dans mes poches en partant de La Paz la veille. Mais bon. Off we go!

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Avant de commencer notre ascension, en respectant les règles de l’art et de sécurité appropriées, nous avons fait une offrande à l’Achachila de l’Illimani.

L’offrande prend la forme de ce qu’on appelle une « table », composées de divers éléments avec des significations au secret bien gardé. La table est brûlée en la dédiant à notre protecteur. Ce sont des offrandes similaires lors de diverses occasion. A l’oeil, on peut la décrire comme  des choses de couleurs, des choses sucrées, des pommes, de la canelle, de la graisse de llama.

Sans oublier évidement les feuilles de coca soigneusement choisies par chacune des personnes présentes.

C’est vraiment plus complexe que cela, mais je ne suis pas en mesure de bien l’expliquer.

Si la table brûle entièrement et que les cendres deviennent blanches, ça veut dire que tout va bien aller.

Sinon…. Il va falloir faire attention à nous autres.

Y’avait du blanc, c’était bon signe, on peut partir!

Mesas Los Andes
Durant le mois d’août, le mois de la Pachamama, les gens brûlent des tables chez eux comme offrande. Sur cette photo floue prise de nuit avec mon téléphone, 3 tables sont brûlées devant un commerce.

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Les Achachilas ont aussi des histoires.

La légende dit que l’Illimani a coupé la tète du mururata avec un fil d’or a la suite d’une dispute. (Aparament que le mururata était vraiment désagreable, avec sa vanité pis toute : il était le plus haut des sommets et se la créait pas a peu près). L’lllimani était relativement zen, mais quand son créateur l’a encouragé a punir son frère, il n’a pas hésité. Avec la force du coup, la tête du mururata est partie loin loin loin…. Est est allée s’écrasée dans l’altiplano, créant ce que l’on appelle aujourd’hui le Sajama.  Le mururata est visible de El Alto : son dessus est plat plat plat. C’est sur, il n’a plus de tête! Le Sajama est encore le plus haut sommet de la région. On s’imagine sa taille quand il ne faisait qu’un avec l’autre.

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La montée était spectaculaire. Au début l’Illimani ne se laissait pas trop voir derrière les nuages, il jouait a la cachette. Mais quand il a fini par se découvrir, c’était vraiment impressionnant. Ça donnait le vertige juste le regarder!

foto guide-60

Après une montée dans la roche qui se dérobait sous nos pied, jusqu’aux pieds des glaciers (jusqu’à toucher sa neige!), nous avons profité d’un chemin plat qui contournait le mastodonte. Pour finalement amorcer la descente, a travers la vallée. Juste magnifique.

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L’Illimani est au sens litéral une source de vie pour La Paz : l’eau consomée dans la (fausse) capitale provient de la fonte de ses glaciers.

Des glaciers, aux chutes, pour former un ruisseau
Des glaciers, aux chutes, pour former un ruisseau

La vida de las cosas

La semaine dernière, je suis allée au lancement d’un livre, La vida de las cosas, (La vie des choses). C’est en fait un recueil de chroniques parues dans le journal La Razon au cours de la dernière année. Les histoires, écrites par Alex Ayala Ugarte, sont en fait des portaits d’êtres humains, ayant comme point de départ un objet, une chose particuilèrement importante pour cette personne. C’est le deuxième livre de cet auteur que je lis et je dois dire que ses écrits sont parfaits pour plonger dans ce qu’est la Bolivie: une mosaïque d’histoires à la fois ordinaires, incroyables et fascinantes.

Voici une traduction libre d’un extrait d’une de ces chroniques, parues dans La Razon le 8 mars 2015 et que l’on retrouve dans la compilation. (Cliquez sur le lien pour l’article original complet)

Carmen Rosa, el punto de sal y las patadas voladoras 

Carmen Rosa, photo tirée de la version web du journal La Razón
Carmen Rosa, photo tirée de la version web du journal La Razón

Un coup solide du côté gauche ne garantit rien et cela, Carmen Rosa le sait très bien. […]

A 45 ans, elle est depuis longtemps une habitué des rings, mais la gloire et les aplaudissements ne lui ont pas assurés un repas par jour. Elle tient donc son restaurant à quelques coins de rue de la Ligne Jaune du Téléférique de El Alto, pour pouvoir payer les factures.

Carmen Rosa s’apelle en réalité Polonia Ana Choque Silvestre, mais bien peu de gens la connaissent sous ce nom. “Tu as un visage de Carmen Rosa, pas de Polonia, m’a  dit  il y  a  eu  peu de  temps  un  policier  alors  que  je  réalisais  des  papiers administratifs”, dit-elle en riant. Son local est décoré de masques de  tissus et d’affiches qui annoncent des matchs passés, ce qui rappelle les tavernes espagnoles dorées de grands cartons promotionels des corridas de taureaux. Du lundi au vendredi,  à l’heure du lunch, Carmen Rosa offre des plats tipiques : fricasé, des pâtes aux arrachides, du chicharrón de porc”, énumerre-t-elle. Et la pression qu’elle supporte est très similaire à celle qu’elle subit sur le ring: ici, s’assurer de mettre juste assez de sel dans un plat est l’équivalent d’un solide coup de pied. 

Carmen Rosa ne s’est jamais couvert le visage pour mener une bataille. Au contraire : elle monte dans le ring avec une intense couche de maquillage qui souligne ses origines aymaras. Les signes distinctifs qui l’identifient  sont ses tresses et sa jupe. “J’ai toujours aimé mettre en valeur notre culture et j’ai toujours été fière d’être une cholita. Je ne m’habille pas comme ça juste pour me déguiser », assure-t-elle. Quand elle se bat, elle se défait de ses boucles d’oreilles, de sa ceinture, de son châle et de son chapeau. « Je me sens plus à l’aise sans tous ces objets », blague-t-elle. […]

La ceinture qui courrone Carmen Rosa comme une champione de Lucha Libre est fait d’étain et de cuivre, rouge et brillante. « Je la dois au public », me dit-elle pendant qu’elle la chouchoute, regardant ensuite d’un côté pour observer les premiers clients qui se présentent à la recherche des premiers ragoûts tout chauds. Pour une cachascanista comme elle, la ceinture représente tout ça : la victoire, le pouvoir, la gloire. Et quand elle tient la sienne en l’air, elle se sent comme dans un film.

Le jeu politique

Carmen Rosa considère que ce qui l’embarasse le plus n’est pas d’embrasser la bâche chaque fois qu’une de ses adversaires la prend par surprise, mais plutôt de s’habituer à la routine quotidienne. « Quand je suis à la maison, je lave,  je repasse, je cuisine et je gère l’argent – d’étaille-t-elle – et c’est ça qui me tue. »[…]

Son audace l’a amené de voyage jusqu’à New York ainsi qu’a travers certaines  communautés les plus reculées de Bolivie. […] Elle se rappelle que parfois elle en revenait complètement abattue. “Dans certains endroits, ils avaient un superbe terrain de futbol synthétique, mais l’aqueduc ne se rendait pas alors ils n’avaient pas d’eau, et cela m’atristait beaucoup.”

[…] Avant de partir, elle m’annonce qu’elle a décidé d’entrer dans la politique, aux côtés de Felipe Quispe, connu comme el Mallku, un exguerrillero de teint olive, expert tout comme elle dans l’art d’esquiver de nombreuses claques. Par contre, elle devra laisser son personnage de lutteuse de côté pour réalizer son rève car la loi l’oblige à figurer dans les papiers officiels sous le nom de Polonia.

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À part de ça, les producteurs de viande de boeuf, de poulet et de pain sont en grève/font des moyens de pression depuis les derniers jours.  Trouver de la marraqueta était un défi parce que les fabriquants se battent contre le gouvernement et les consommateurs pour le prix de vente, le prix de la viande augmente parce que les distributeurs ne veulent pas payer leurs impôts (sérieux, c’est dur de trouver leur cause légitime même si je voudrais bien) et ceux qui vendent le poulet ont décidé de s’en mêler, juste parce que! Je pense même que les vendeurs de porc se sont joints à la partie.

Récement le gouvernement a cessé de subventionner la farine pour fabriquer le pain. Avec la subvention, les boulangères étaient tenues de respecter un prix de vente a 0.4 bs (la manière de faire du profit en vendant du pain dans ce pays m’échappe completement, parce que le pain était vendu a 40c de la part du fabriquant aux kiosques et est revendu au même prix au consommateur. Il y a une histoire ou les kiosques achètent au gros et se font « donner » des unités, ce qui leur permet de vendre et de gagner un peu, mais c’est une marge qui me semble assez faible).  Maintenant que le gouvernement ne suventionne plus, les fabriquants ont décidés unilatéralement que le prix avait ainsi été « liberé », et donc qu’ils allaient le vendre à 50c. Le gouvernement a dit non, les boulangers ont fait la gréve pendant quelques temps (avant que j’arrive, pas moyen de trouver du pain), ils ont finalement conclu qu’ils allaient attendre d’écouler la farine subventionnée avant d’augmenter le prix. Depuis lundi ce moment est venu. Le gouvernement s’est entêté à dire « le prix ne changera prix, si vous vendez le pain a 50c il y aura des pénalités » pendant 2 jours, pour finalement admettre qu’il ne pouvait rien faire.

La position des fabriquants est que la farine coûte cher donc ils doivent augmenter le prix pour faire des gains. Le gouvernement a cessé de subventionner la farine justement parce qu’il jugeait que le prix de la farine avait baissé et que le coup de pouce estatal n’était plus nécessaire. Qui a raison? Aucune idée, mais les consommateurs ne sont pas contents parce que ce sont eux qui paient au bout du compte.

Arrivée en Bolivie

La Paz, l'Illimani

Ça y est, je suis arrivée.

Il faisait une température bien caractéristique de La Paz quand je suis sortie de l’aéroport: un soleil tappant qui te promet une insolation, mais un froid perçant à l’ombre. Un essoufflement et une sudation certaine parce que tu montes une côte, mais toujours avec un fond d’air froid.

« Faut pas se dévêtir, même si t’as chaud! » qu’on se fait dire en entrant à l’intérieur d’une maison. « Tu vais attraper la grippe! » Oui, je sais, je sais.

J’avais quand même un peu oublié comment c’était, après le froid hivernal du Québec puis l’écrasante chaleur de la première semaine de juillet.

Ensuite la nuit. Dormir avec 4 chandails sous 4 couvertes de laine. On dira ce qu’on voudra, mais c’est franchement réconfortant autant de couvertures. Je me passe très bien de la chaufferette qui ne ferait qu’empirer la sècheresse déjà au top dans l’air ambiant. C’est bien beau la crème hydratante et le baume à lèvres, mais il ne faudrait pas faire exprès.

Ma première grande péripétie à été de réussir à avoir une bouilloire. C’est anodin, mais ça dresse un portrait. Je ne me plains pas, mais ça démontre pourquoi j’étais découragée lors de mon arrivée l’an passé. Cette fois-ci je l’ai pris beaucoup plus zen.

Vous savez que je suis accro au café. Le café « à la bolivienne », c’est vraiment pas dans le top de mes cafés préférés, même si on fini par s’y faire. Je pense que contrairement au café grec, il gagne tout de même haut la main. (Désolée, je ne suis pas très flexible avec le café). Mais en fait, surtout, ce que j’ai appris à faire lors de mon dernier séjour en Bolivie, c’est d’apprécier de boire du thé (généralement un thé clou de girofle-canelle), mais aussi des maté et tri-maté. Et on sait bien (ou en tous cas je vous le dit), ce qui est bon pour le mal de l’altitude, la faim, les douleurs d’estomac, éloigner les mauvais esprits et plus encore, ce sont les matés de coca.

Ma priorité en arrivant à donc été de trouver une bouilloire pour pouvoir boire un breuvage chaud tranquille le soir et le matin, de ma chambre. Je venais d’arriver, je n’avais pas encore de 2L de bouteille d’eau, j’avais quand même froid et mon corps réclamait du maté de coca. En plus avec une bouilloire, j’allais pouvoir me fabriquer de l’eau potable à partir du robinet. C’était l’instrument miracle. Je savais exactement mes options pour trouver une bouilloire, mais je savais aussi les pours et les contres :

  • Le supermarché. Pour : C’est proche, c’est facile, je n’a pas besoin de monter aucune côte ni de marchander. Contre : je risque d’avoir aucun choix et de payer un prix exorbitant.
  • La rue ou ils vendent des produits ménagers. Pour : je vais payer un prix raisonnable et je vais être certaine que la bouilloire fonctionne parce que la dame va l’essayer devant moi. Contre : C’est loin et j’ai vraiment pas envie de monter la (les) côtes. C’est aussi surement fermé à cette heure-ci.

Comme je ne voulais pas attendre, j’ai décidé d’aller faire un tour au supermarché. J’ai fini par trouver une bouilloire vraiment pas chère (79 bs!). J’avais quand même la crainte qu’elle ne fonctionne pas, mais je me suis dit qu’au pire j’allais la retourner et comme c’est un supermarché ils n’allaient pas en faire de cas. J’arrive dans ma chambre toute contente d’avoir mon outil, ma boite de thé-maté-tri-maté et mes sachets de sucres. J’ouvre la boîte (et non, je ne l’avais pas fait avant) pour voir que la prise de la bouilloire est à 3 fiches, format de prise qui N’EXISTE PAS dans les murs ici. Première réaction : «AH, BOLIVIA! J’aurais dû me douter qu’il est normal que tu vendes dans ton épicerie un produit incompatible avec tes prises de courant. En fait le 79 bs aurait dû me mettre la puce à l’oreille. »

Et évidement que c’est pas un 3 fiches comme au Canada, parce que j’aurais eu l’adaptateur pour ça (je suis venue un peut préparée cette fois, j’ai bien pensé à mon ordinateur), c’est un 3 fiches de je ne sais où, rondes et alignées. Bon, j’ai déjà vu une dame régler le problème efficacement en coupant(arrachant) la fiche du milieu et l’appareil a fonctionné. Sauf que je n’avais pas envie de risquer la chose. Dans le cas où ça ruinait l’affaire, je n’aurais pas pu la retourner et j’aurais perdu 10$.

J’ai donc dû me résigner à attendre au lendemain pour essayer de trouver un adaptateur dans la rue des adaptateurs et autres quincailleries, et ce soir là je suis allée dans un bar travailler ma déshydratation en buvant des produits alcoolisés à la place.

Dénouement plus qu’heureux : malgré le facteur « dimanche », le marché des adaptateurs n’était pas complètement vide au jour suivant et le lendemain soir, j’avais finalement une bouilloire fonctionnelle. J’ai ainsi même réussi à avoir un bon café pour débuter ma première journée de travail le matin suivant.